Fausse Gauche Vs. Vraie Droite, 1er bilan du succès Trump

Par Matthieu Le Crom –

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Si la gauche souhaite un jour gagner à nouveau une élection dans un pays occidental, elle va devoir prendre conscience d’une chose toute simple. Le néo-libéralisme n’est pas de gauche, pas plus que le monde de la banque et de la finance. Donald Trump n’a pas vraiment gagné cette élection, c’est la présence de Mme Clinton pour incarner « la gauche » qui la lui a offerte sur un plateau. 

Petit à petit, le monde se fait à cette idée folle : Donald Trump est le 45e Président des Etats-Unis d’Amérique. Élu quasiment à la surprise générale, le milliardaire New-Yorkais a mené une campagne à droite toute : réactionnaire, sexiste, franchement raciste, libéral, pro-business, pro-life, climato-sceptique, etc… Trump a pourtant obtenu plus d’un million de voix de moins que Mitt Romney ou John McCain, candidats républicains battus par Barack Obama en  2008 et 2012. Il termine également avec moins de voix sur l’ensemble du territoire qu’Hillary Clinton, dans un scrutin marqué par près de 47% d’abstention. Une toute petite victoire en somme.

Trump, l’homme qui hurle à l’oreille de la middle-class

Battue au jeu des grands électeurs, l’ex-Première Dame est bien celle qu’il faut blâmer pour la défaite. Elle ou ceux qui l’ont (encore) choisie. Comment la « gauche » peut-elle croire à la victoire, en 2016, avec des candidats aussi peu représentatifs du peuple et de ses valeurs historiques ?

Que Donald Trump ait l’oreille de la middle-class ravagée par la crise est peut-être la plus grande défaite de cette « gauche » qui n’en est plus une. C’est lui qui parle de la valeur travail, des salaires trop faibles, du départ des usines délocalisées, des fins de mois compliquées, de la mondialisation et des accords de libre-échange. Des thématiques totalement abandonnées par la gauche, qui s’est retrouvée en retour abandonnée par son électorat classique.

L’élection de Trump : Le plus grand Fuck You jamais vu, par Michael Moore (Lire son analyse et sa réaction ici : https://wp.me/p17qr1-BNd )

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Pas « d’Obamania » pour Clinton

Les médias mainstream focalisent leur attention depuis le 8 novembre sur Donald Trump, sa campagne outrancière ou son électorat. Que les choses soient très claires : il n’y a eu aucun emballement pour Trump, qui totalise seulement 62,9 millions de bulletins, quand sa concurrente monte à 65,8. Pour elle, c’est à peu près équivalent à Obama en 2012, malgré la participation de plus 10 millions d’électeurs supplémentaires !

Ce qu’on n’entend que trop peu, c’est que Mme Clinton a fait littéralement fuir tout un pan de l’électorat démocrate.

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Bernie Sanders aurait gagné

Qui sont donc ceux qui ne se sont pas déplacés pour faire élire Hillary Clinton ? La réponse est extrêmement complexe, mais deux éléments sont majeurs :

  • Les Afro-Américains qui avaient voté en très grand nombre pour Obama, parfois pour la première fois, n’ont pas remis ça en faveur de l’ex-Première Dame.
  • Ceux qui avaient pris le parti de Bernie Sanders, notamment les jeunes, n’ont pas reporté leur voix sur la candidate démocrate, malgré l’appel à le faire du sénateur du Vermont.

C’est surement là que tout s’est joué, sur l’erreur de casting du Parti Démocrate. Parmi les innombrables casseroles de Mme Clinton, révélées par Wikileaks, il y a ces fraudes lors de la Primaire Démocrate, notamment dans l’Etat de New-York, qui ont semble t-il volé la victoire dévolue à M. Sanders. Or, tous les sondages montrent qu’un duel Sanders-Trump aurait très certainement tourné à l’avantage de « Bernie from Brooklyn ».

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Sur les 22 Etats gagnés par Sanders lors de la Primaire, 15 ont affiché des taux de participation en baisse par rapport à 2012 lors du scrutin final. Pire, dans les fameux Swing-States (les états qui font la bascule) que Sanders avait remportés haut la main comme l’Ohio, la Pennsylvanie ou le Wisconsin, c’est Donald Trump qui a fait carton plein. Ces Etats étant traditionnellement démocrates, Hillary Clinton n’a même pas pris la peine d’y faire campagne, sauf dans les dernières 48 heures avant le vote, quand elle a senti le vent tourner après la réouverture de l’enquête du FBI à son encontre.

Ce bon vieux Bernie, candidat ouvertement socialiste, ce qui semblait encore inimaginable au pays du McCarthysme, l’aurait donc emporté contre Trump à en croire les sondages (dont on sait tous qu’ils ne se trompent jamais)  🙂

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Hillary Clinton, l’élite jusqu’à la caricature

Si Mme Clinton avait dans son discours quelques éléments de gauche « sociétale », sur les minorités, la parité, l’avortement ou le mariage gay, elle n’en était pas moins l’incarnation pure et simple de l’élite. Celle des fameux 1% qui détiennent 99% des richesses. Celle de Wall Street et des banques. Bref, celle pour qui les électeurs de gauche ne peuvent pas voter, quand bien même l’adversaire s’appelle Donald Trump. Il faut se pencher sur les révélations de WikiLeaks à son encontre pour s’en rendre compte totalement, même si tout n’est pas forcément apparu au grand jour.

Pas besoin d’aller jusque là pour se faire une idée très claire des intérêts représentés par Mme Clinton. Il suffit de regarder d’où provient l’argent de sa campagne et, donc, à qui elle aurait du rendre des comptes en cas de victoire. De Big Pharma à George Soros, en passant par Goldman Sachs ou SlimFast, on est très très loin du peuple. Contrairement à Sanders, emmené essentiellement par des dons privés de moins de 200$, ou de Donald Trump, qui a quasiment auto-financé sa campagne.

La Gauche doit changer

A ce stade de la réflexion, il convient de dire que la gauche de gouvernement doit changer, un peu partout en Occident, si elle ne veut pas tout simplement disparaître des radars. A l’image de Syriza en Grèce (avant la capitulation morale), de Podemos en Espagne ou peut-être dans l’avenir de Jeremy Corbin au Royaume-Uni, ce sont désormais les gauches dites « radicales » qui remportent les élections. François Hollande l’avait compris en jouant la carte « mon ennemi c’est la finance » en 2012, mais son bilan désastreux devrait lui revenir au visage tel un boomerang.

Pour éviter un nouveau Brexit par la droite, le succès de Trump aux USA, d’Orban en Hongrie ou d’Hofer en Autriche, les poussées du FN en France, d’Aube Dorée en Grèce, de l’AfD en Allemagne, etc… les partis de gauche doivent se remettre en question. Et la presse également qui ne semble toujours pas voir d’où vient le problème et qui tombe des nues à chaque nouveau résultat électoral.

Macron, le « Clinton français »

2017, année présidentielle en France, s’annonce dans la droite ligne de ce qu’on a vécu ces derniers mois outre-Manche et outre-Atlantique. Hollande et Valls éliminés d’office, la gauche va se plier au jeu des primaires pour désigner son candidat. Certains, semble t-il de plus en plus nombreux, que ce soit dans le microcosme médiatique parisien ou dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, ont déjà trouvé leur nouveau champion : Emmanuel Macron. Jamais élu, millionnaire, passé par les grandes écoles et la banque d’affaires Rotschild, l’ancien ministre de l’économie a le profil parfait du « Clinton français ». Pour le même résultat ?

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