Président Donald J. Trump (et pourquoi il va falloir s’y faire)

Par Matthieu Le Crom –

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[EDIT] Le 11 octobre 2016, soit un mois avant le résultat de l’élection présidentielle aux USA, Perspicace publiait cet article. Contrairement au discours général qui estimait la victoire de Mme Clinton absolument certaine, nous avons tenté de décrypter les points forts de la campagne de Donald Trump et les raisons de son possible succès. Les faits nous on donné raison. Pour le meilleur ou pour le pire ? Affaire à suivre.

Il est fou. Cela semble une évidence aux yeux du monde entier, qui observe d’un œil ahuri la campagne présidentielle de Donald Trump. Raciste, misogyne, homophobe, incontrôlable… Les défauts du magnat de l’immobilier sont criants. Il pourrait pourtant bien être le 45e président des Etats-Unis. Décryptage d’une situation plus compliquée qu’il n’y paraît.

Le bateau ivre ne coule pas

Il est clair que Donald Trump est un cas unique presse-primaire-republicains-usadans l’histoire politique américaine. Personne ne croyait en sa candidature, jugée folklorique au départ, voire ridicule par l’establishment médiatique. Malgré ses frasques à répétition, le milliardaire est passé de 5% d’intentions de vote à la primaire républicaine à l’investiture finale, éliminant successivement tous ses adversaires, dont les cadors Jeb Bush, Marco Rubio, Ted Cruz et John Kasich. Depuis, il n’est pas une semaine sans qu’une nouvelle « affaire Trump » fasse la Une des journaux. Les pontes du Parti Républicain quittent le navire un par un, les médias dépeignent une campagne en perdition et les artistes se mobilisent pour lui barrer la route (comme Robert de Niro avec ce message « coup de poing »). L’élection d’Hillary Clinton semble actée, mais un certain nombre d’éléments permettent pourtant de penser que Donald Trump est encore dans la course.

50 élections locales – 15 Swing States

Les élections présidentielles américaines reposent sur le vote des grands électeurs de chacun des Etats, qui donnent la totalité de leurs voix à celui/celle qui remporte le scrutin. Le tout au prorata du nombre d’habitants. Si l’avance de Clinton est incontestable, les Swing States (les indécis), ceux qui feront basculer l’élection, semblent susceptibles de faire gagner Donald Trump. Son discours sur le déclin des USA parle aux Américains qui, de Denver à Cleveland, voient leur monde s’effondrer. 18 000 milliards de dette publique, 60 000 fermetures d’usines en 15 ans, 5 millions d’emplois industriels détruits, les arguments ne manquent pas. Avec d’autant plus de force dans les Etats de la Rust Belt (« Ceinture de Rouille » du Nord-Est) qui feront la différence…

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Une vague mondiale

Du Brexit à l’élection du fantasque Roberto Duterte aux Philippines, en passant par les scores du FN en France ou des partis dits « extrêmes » dans toute l’Europe, la tendance semble profonde et globale. Les partis de gouvernement classiques font face à une défiance généralisée et le paysage politique se cherche des nouvelles têtes de proue qui ne viennent pas de l’establishment. Donald Trump incarne cette nouveauté aux yeux de nombreux électeurs, bien plus encore que Sarah Palin avec le Tea Party en 2010.

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Le tableau est donc le suivant : toute la classe politique et médiatique veut voir Trump perdre mais la carte électorale américaine lui permet d’y croire encore. Il est pourtant difficile de comprendre vu de France le succès de cet homme qui semle n’avoir que des défauts.

Voici les 10 points forts de Donald Trump et pourquoi il va être élu Président des USA 

  1. Donald Trump a les moyens de financer lui-même sa campagne, à hauteur de 80%. La transparence est totale aux USA sur la provenance des fonds et il n’y a pas de plafond. Hillary Clinton, elle, doit tout aux grands lobbies (militaire, industriel, agro-alimentaire, pétro-chimique, pharmaceutique). Mme Clinton incarne la soumission du politique au « monde de la finance », quand son adversaire à les mains libres pour tenir le discours qui est le sien.photo-trump-2.
  2. Donald Trump joue la carte du protectionnisme économique. Il promet des taxes sur les importations,  des droits de douane à 40% pour les produits chinois, la sortie de l’ALENA, la fin du Traité Trans-Pacifique, du TAFTA et une possible sortie de l’OMC.dessin-trump
  3. Donald Trump est un homme d’affaire confirmé, qui a su rebondir malgré les échecs. Ce qui plaît beaucoup. Les pays en crise aiment à se reposer sur leurs archétypes forts. Trump incarne l’American Dream et le Self Made Man. Il faut pourtant relativiser en rappelant que c’est son grand-père Frederick qui a fait fortune pendant la Ruée vers l’Or. Cependant, des millions qu’il a hérité, Donald Trump a fait des milliards. Les Américains raffolent des success storieso-donald-trump-time-570
  4. A l’international, tout l’oppose à la va-t’en-guerre Mme Clinton, qui a menacé ouvertement Vladimir Poutine ou l’Iran. Trump, lui, veut nouer des relations diplomatiques apaisées avec la Russie et la Chine, notamment pour éradiquer l’Etat Islamique. De plus, la dette souveraine colossale des USA lui semble un frein insurmontable à la politique américaine d’interventionnisme guerrier. Il considère même que l’OTAN doit évoluer et que les Etats-Unis ne doivent plus offrir leur protection systématique aux pays membres.photo-trump-3
  5. Le milliardaire surfe sur la détestation de ceux qu’il nomme les « médias corrompus », qu’il fait régulièrement siffler lors de ses meetings. Des titres majeurs tels que le Washington Post, Politico, BuzzFeed ou le Huffington Post sont interdits d’accès sur sa campagne. Même la très conservatrice Fox News a eu droit à ses foudres. S’il est très exposé médiatiquement, c’est essentiellement pour ses frasques. Cela est vu comme du bad buzz ici, mais ce n’est finalement pas si contre-productif. Il semblerait même que tout soit plus ou moins sous contrôle. Chaque dérapage fait passer un message politique fort qui répond aux 3 critères d’une campagne publicitaire réussie (percutant, répétitif, viral). L’Institut Bloomberg Analysis a estimé que les relais médiatiques de ces dérapages étaient équivalents à une campagne de communication à 23 millions de dollars !dessin-trump-5
  6. Donald Trump attaque frontalement Wall Street d’un côté et les réductions budgétaires néolibérales de l’autre. Il souhaite le maintien du Medicare d’Obama et de la Social Security, la baisse du prix des médicaments, la réforme de la fiscalité des petits contribuables et la suppression de l’impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers pauvres. Par ailleurs, il annonce la taxation massive des Hedge Funds et le rétablissement de la loi Glass-Steagall de 1933, abrogée par Bill Clinton, qui sépare banque de dépôt et banque d’affaires.dessin-trump-4
  7. S’il est sans aucun doute populiste et démagogue, le New-Yorkais n’est pas un moralisateur. La détestation de la langue de bois et du politically correct est très forte aux USA et Trump joue depuis le début la carte de la « rébellion de la base ». Pour les plus désabusés de la politique, son discours autoritaire/identitaire sonne vrai. Trump dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas pour reprendre un poncif. A l’inverse de Mme Clinton, qui incarne la continuité d’un système en place depuis des décennies.dessin-trump-3
  8. Même si ça ne semble pas évident de prime abord, le vote des minorités pourrait faire le jeu de Donald Trump. En effet, selon le plus récent sondage, 25 à 28% des Latinos et 10% des Afro-américains s’apprêtent à voter pour lui. Hillary Clinton plafonne à 35% chez les Noirs, très loin de la razzia d’Obama. Le vote de masse des minorités pour Barack Obama, qui se déplaçaient souvent pour la première fois, n’aura pas lieu de nouveau. Le message sur l’immigration de Trump est très violent, mais seulement contre les Musulmans (minorité très peu agissante et influente) et les immigrés clandestins. Le sentiment d’appartenance est très fort aux USA et les Etats-Uniens, d’où qu’ils viennent, sont américains avant d’être d’une communauté. Cela marche également avec les Latinos citoyens américains, opposés aux clandestins. Aucun politicien ne pourrait remettre en cause l’idée qu’il doit être difficile d’entrer aux USA.dessin-trump-6
  9. On accable Trump avec ses innombrables dérapages, mais Mme Clinton s’est rendue coupable d’un nombre de crimes et délits impressionnant, divulgués par Wikileaks et le FBI. Le bilan accablant des révélations à l’encontre de l’ex-Première Dame, également signé Perspicace, est disponible ici :

    Wikileaks m’a tué – Saison 1, épisode 9 (La chute d’Hillary Clinton)

    dessin-trump

  10. Pour finir, le poids de l’abstention, qui était de 43,2% en 2012. Ce sera très certainement plus cette fois, peut-être même au-delà des 50%. Le populisme de Trump peut lui valoir le vote contestataire de ceux qui rejettent totalement l’establishment, alors que Mme Clinton ne semble pas pouvoir reproduire le raz-de-marée Obama chez les habituels non-votants.

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Malgré tous ces éléments, Hillary Clinton est toujours la favorite pour être élue Présidente des Etats-Unis d’Amérique le 8 novembre prochain, 15 ans après son mari. J’espère toutefois vous avoir mis le doute !

Elle serait la première femme. Donald Trump, lui, ne serait peut-être pas le premier fou. Finalement.

[EDIT] Alors, convaincus cette fois ?

 

6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. chichi dit :

    J’y crois pas une seconde à Trompette. Ça seule chance serait que H Clinton se fasse choper au Sofitel en flagrant délit d adultère…

    J'aime

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